
Paris — Alors que la cigarette électronique occupe aujourd’hui une place importante dans les stratégies de réduction du tabagisme, la question de sa fiscalité continue d’alimenter les débats. Le gouvernement avait proposé, dans le projet de loi de finances 2026, d’instaurer une taxe sur les e-liquides, mais cette mesure a finalement été rejetée par les parlementaires. Une décision qui ne clôt pourtant pas un débat plus large, mêlant enjeux sanitaires, économiques et politiques.
Depuis son arrivée sur le marché au début des années 2010, la cigarette électronique a rapidement séduit des millions d’utilisateurs. D’après les associations spécialisées, une partie importante des vapoteurs sont d’anciens fumeurs attirés par un produit considéré comme moins nocif que la cigarette.
Parallèlement, l’explosion des cigarettes électroniques jetables — les « puffs » — a suscité une inquiétude particulière. Leur succès auprès des adolescents a mis le gouvernement face à une contradiction : comment soutenir la réduction du tabac chez les adultes tout en limitant l’accès des jeunes à des produits nicotinés ?
C’est dans ce contexte que l’idée d’une taxe est réapparue.
L’exécutif avait envisagé une taxation calculée en fonction du taux de nicotine contenu dans les liquides.
L’objectif affiché était triple :
Réduire l’attractivité des produits pour les jeunes, souvent sensibles au prix.
Renforcer les ressources destinées à la prévention, en particulier dans le domaine des addictions.
Harmoniser la fiscalité des produits nicotinés, afin d’éviter que la vape ne devienne un substitut perçu comme sans danger.
Plusieurs modèles de taxation avaient été étudiés, inspirés de pays voisins comme l’Italie ou l’Allemagne, qui appliquent déjà des accises spécifiques.
Mais rapidement, la proposition s’est heurtée à une opposition vive et transpartisane.
Dans les argumentaires des députés et sénateurs, plusieurs idées reviennent :
De nombreux élus rappellent que la vape est utilisée comme outil de sevrage. Une augmentation des prix pourrait, selon eux, pousser certains vapoteurs à retourner vers la cigarette, plus addictive et plus nocive.
Certains parlementaires estiment qu’une taxe ne résoudrait pas le problème des jeunes, qui pourraient se tourner vers des circuits non contrôlés où les liquides ne respectent pas les normes de sécurité.
Les boutiques de vape — environ 3 000 en France — affirment qu’une taxe pourrait provoquer une baisse de fréquentation et favoriser l’achat sur Internet ou à l’étranger.
Face à ces critiques, la Commission des finances de l’Assemblée nationale a finalement supprimé l’article instaurant la taxe. Le Sénat a confirmé ce choix quelques semaines plus tard.
Sur le plan sanitaire, la décision de ne pas taxer la vape ne fait pas l’unanimité.
Certains médecins spécialisés dans l’accompagnement au sevrage estiment que la vape doit rester plus accessible et moins coûteuse que le tabac, afin d’inciter les fumeurs à changer de comportement.
D’autres, au contraire, considèrent qu’une taxe pourrait limiter la banalisation des produits nicotinés, en particulier auprès des jeunes qui commencent parfois à vapoter sans avoir jamais fumé.
La question renvoie à une problématique plus large : faut-il considérer la vape comme un outil médical ou comme un produit de consommation potentiellement addictif ?
Sur le plan international, la France n’agit pas seule. L’Union européenne étudie actuellement une réforme de la directive sur la taxation du tabac.
Plusieurs États membres demandent que les produits de la vape soient intégrés dans cette directive afin de créer une fiscalité harmonisée.
Si cette réforme est adoptée, les pays européens devront mettre en place une taxe minimale, ce qui obligerait la France à revenir sur sa position actuelle, même si le Parlement s’y est opposé.
La perspective d’une taxe européenne à l’horizon 2028 rend donc le débat français encore plus stratégique.
En renonçant à taxer la vape pour l’année 2026, la France a choisi une approche prudente, privilégiant la lutte contre le tabagisme tout en évitant une mesure jugée prématurée.
Mais le sujet reviendra inévitablement sur la table :
lors des prochains débats budgétaires,
dans le cadre des discussions européennes,
ou en réponse à l’évolution du marché de la vape et des comportements des jeunes.
Pour l’heure, la cigarette électronique reste un produit non taxé spécifiquement, mais entouré d’un cadre réglementaire strict.
La France doit encore trouver un équilibre entre protéger la jeunesse, soutenir les fumeurs dans leur sortie du tabac, et encadrer une industrie en plein développement.